Plastic Newspaper

Exposition

Du 21 mars au 6 septembre

Commissariat : Marie Canet

Visite de presse et vernissage : vendredi 20 mars 2026.

L’exposition Plastic Newspaper au Crac Occitanie est le troisième volet d’un projet itinérant commencé en septembre 2024 à Z33 à Hasselt (Belgique) puis au centre d’art ­fjk3 à Vienne (Autriche) en 2025. Dans ce cycle, Lucy McKenzie s’intéresse aux premiers divertissements de masse apparus durant la modernité. Elle en explore les inventions formelles et culturelles ayant contribué à transformer le quotidien en un spectacle permanent — à l’image des panoramas peints, lieux d’art, de science et d’amusement où se confondent expérience ludique et massification des regards.

Lucy McKenzie est née en 1977 à Glasgow (Écosse). Elle vit et travaille à Bruxelles. Elle a étudié au Duncan of Jordanstone College of Art & Design à Dundee, en Écosse, puis s’est spécialisée dans le trompe-l’œil en suivant une formation à l’Institut supérieur de peinture décorative Van der Kelen-Logelain à Bruxelles (Belgique). Elle y apprend les bases de la peinture décorative : la préparation des supports, l’imitation de matières naturelles telles que les marbres ou les bois, les jeux sur l’illusion ornementale.

L’artiste travaille dans le champ élargi de la peinture — souvent figurative et conceptuelle. Sa pratique de l’appropriation vise à me¤re en dialogue des techniques et des savoirs a priori antagonistes et à souligner la particularité de ces formes — que ce soit du côté des techniques traditionnelles ou contemporaines, du design et de la sculpture, des cultures underground ou des médias de masse.

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Comme souvent chez Lucy McKenzie, l’expérience intime se confronte à l’espace public. Elle produit ainsi deux wagons de train dans lesquels on peut s’asseoir, discuter, s’embrasser et observer sans fin le paysage peint fixé sur un tambour
mécanique.

L’œuvre monumentale The Faux Sports Shop — une façade de magasin fictive grandeur nature — est une création d’Atelier E.B, une marque de mode indépendante et engagée, fondée en 2011 par Lucy McKenzie et la designer Beca Lipscombe.
Dédiée aux collections d’Atelier E.B, l’œuvre évoque l’art de la vitrine et la nouvelle culture de masse apparue au tournant du XXe siècle : le shopping. Le duo conçoit des collections locales, fabriquées artisanalement, et privilégie les circuits de distribution alternatifs, notamment les réseaux artistiques et institutionnels. Pour chaque exposition, en fonction du contexte, The Faux Sports Shop est l’occasion d’un accrochage de vêtements spécifique.
Au Crac Occitanie, ce sont des modèles en jersey de coton biologique développés en collaboration avec la marque portugaise index®.

À travers les recherches menées au sein d’Atelier E.B, Lucy McKenzie développe depuis 2019 des expérimentations autour des mannequins de vitrine. Elle invente des figures dont les poses et les apparences s’opposent à la standardisation des corps marchands du capitalisme. Elle développe ainsi une série d’assemblages réalisés à partir de corps en plastique sur lesquels elle fixe le visage sculpté de Zoya
Kosmodemyanskaya, icône de la résistance soviétique assassinée en 1941 à l’âge de 18 ans par l’armée allemande. La figure est une hybridation iconique et politique.

Dans Leaning Mannequin (Roman Statue / l’Orage) (2021), elle est habillée de la reproduction d’une robe des années 20 créée par la couturière Madeleine Vionnet. Elle est couverte d’une teinte aubergine en référence aux marbres romains. Ses sourcils, lèvres et sclères sont en jaune comme une statue de Pompéi. Elle est adossée au mur comme si elle se reposait.
Toutes les sculptures de cette série investissent l’espace d’exposition comme s’il s’agissait d’une rue.
La sculpture Duchamp Mannequin,1938 (I) (2025) est une critique de l’usage des mannequins de vitrine dans l’art, notamment chez les Surréalistes. Lucy McKenzie reprend ici le geste de Marcel Duchamp qui, pour l’Exposition internationale
du surréalisme en 1938, avait habillé son mannequin de ses propres vêtements au lieu de le dénuder, ou le démembrer, comme c’était souvent le cas.

Pour l’exposition à Sète, Lucy McKenzie poursuit sa réflexion en empruntant les mannequins de cire de la collection du musée anatomique du Dr Spitzner conservés à la faculté de médecine de l’Université de Montpellier — une collection de moulages en cire présentée à Paris à la fin du 19ème siècle dans un musée place Château d’eau (actuellement place de la République), avant de devenir forain en 1885.
La finalité de ce musée était de présenter les secrets du corps humain et de montrer les maladies de la peau, notamment des maladies vénériennes. Il était un lieu d’instruction, de science, de curiosité et d’amusement. McKenzie a choisi d’intégrer
dans son exposition une « Vénus anatomique » et une « Vénus accouchante » ainsi que la tête d’un homme trépané. Ces objets sont transgressifs puisqu’ils mêlent pédagogie et voyeurisme en jouant clairement avec les limites de l’excitation, de la morale et de l’effroi.

Le titre de l’exposition Plastic Newspaper est une métaphore empruntée à l’historienne Vanessa R. Schwartz* [1] pour penser les nouveaux médias modernes assemblant contenus visuels, sonores et spatiaux — comme au musée Grévin, émanation de la presse à grand tirage, qui fabriquait des tableaux tridimensionnels afin de montrer les faits de la « vie réelle ».

Ce travail d’écriture et de recomposition se trouve aussi dans la pratique des fresques narratives développées par Lucy McKenzie.

Elle présente deux pièces monumentales : Mural Proposal for Jeffrey Epstein’s New York Townhouse (Filming of American Psycho) [Proposition de fresque pour la maison new-yorkaise de Jeffrey Epstein (tournage d’American Psycho) ]— une reproduction imprimée d’une fresque inspirée du film American Psycho (2000) de Mary Harron, adaptation du roman éponyme de Bret Easton Ellis. Le personnage principal, Patrick Bateman, un golden boy flamboyant, y devient tueur par ennui et par plaisir de transgresser l’interdit. Pour cette œuvre, Lucy McKenzie s’inspire d’une anecdote : sur le tournage, les femmes présentes ont arrêté de travailler pour regarder l’acteur Christian Bale, alias Patrick Bateman, nu pour la scène de la douche. En proposant ce mural pour la maison de Jeffrey Epstein —trafiquant sexuel, violeur et pédocriminel, symbole de l’impunité des élites — Lucy McKenzie renverse les positions de regards et donc de pouvoir.

Dans le second mural intitulé Cromwell Place (Francis Bacon’s Studio), l’artiste s’inspire des soirées ayant eu cours dans l’atelier de l’artiste Francis Bacon à Londres. Il y organisait, après les heures de travail, des soirées clandestines de jeux d’argent, transformant sa maison-atelier en casino illégal.
Le quartier de Mayfair abritait alors de nombreux tripots clandestins. C’était le lieu de détente de l’élite qui déstabilisait l’économie par son capitalisme spéculatif.
Le renversement des positions de regards et de pouvoir est une forme de savoir que Marie Canet attribue en partie à l’expérience de Lucy Mckenzie dans la pornographie. À 18 ans, encore étudiante, elle pose nue pour le photographe new-yorkais Richard Kern.

Dans l’exposition à Franz-Josefs-Kai 3 à Vienne, deuxième étape du projet, l’artiste présente certains magazines pornographiques ouverts aux pages où elle apparaît.
Comme à Sète, ils sont installés dans une vitrine à proximité d’un grand portrait de l’architecte Adolf Loos réalisé par l’artiste et dominatrice politique Reba Maybury. Lucy McKenzie y ajoute la carte de visite que l’architecte donnait aux petites filles des classes populaires qu’il cherchait à abuser — il fut condamné en 1928 pour agressions sexuelles sur mineures, soupçonné de traite d’êtres humains.

Plastic Newspaper est la première exposition personnelle de Lucy McKenzie en France.

Avec la participation de l’artiste Reba Maybury et de la designer Beca Lipscombe.

L’exposition est organisée en collaboration avec z33, House for Contemporary Art, Design & Architecture (Hasselt, Belgique), fjk3 — Contemporary Art Space (Vienne, Autriche), Galerie Buchholz (Berlin/Cologne, Allemagne), Cabinet Gallery (Londres, Royaume-Uni) et avec la participation de l’Université de Montpellier et de sa Faculté de Médecine (Montpellier, France).

[1Vanessa R. Schwartz, Spectacular Realities : Early Mass Culture in Fin-de-Siècle Paris, Berkeley, Universi· of California Press, 1998.

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Lucy McKenzie, "Sitting Mannequin (Greek Pottery / Quatre Mouchoirs)", 2020. Mannequin en fibre de verre, peinture acrylique et huile, robe en soie à ceinture, chaussures de sport, étagère, 145­ × 85 × 67 cm. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Buchholz, Cologne. Photo : Galerie Buchholz.

Artiste exposé

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Lucy McKenzie, vue de l’exposition "Super Palace" à Z33 à Hasselt, Belgique, 2024.

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Lucy McKenzie, "Mural for Cromwell Place (Francis Bacon’s Studio)", 2024. Huile et acrylique sur toile, 300 × 600 cm (3 panneaux de 300 × 200 cm), encadrée, cadre sur mesure réalisé in situ. Courtesy de l’artiste et de la Cabinet Gallery, Londres. Photo : Useful Art Services.

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Lucy McKenzie, "Sitting Mannequin (Greek Pottery / Quatre Mouchoirs)", 2020. Mannequin en fibre de verre, peinture acrylique et huile, robe en soie à ceinture, chaussures de sport, étagère, 145­ × 85 × 67 cm. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Buchholz, Cologne. Photo : Galerie Buchholz.

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Lucy McKenzie, "Anonymous Youth ; Donatello John the Baptist 1.1 ; Donatello John the Baptist 1.2 ; Donatello John the Baptist 2", 2019. Huile sur plastique en fibre de verre (sauf "Donatello John the Baptist 1.2", huile sur plâtre), dimensions variables. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Buchholz, Cologne. Photo : Useful Art Services.

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Lucy McKenzie, "Moving Panorama (Trans Siberian)", 2024. Structures en bois et métal, mobilier ferroviaire, verre, textile, moteur, acrylique et huile sur toile. Structure : 700 × 100 × 230 cm, tambour mécanique : 150 cm de diamètre. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Buchholz, Cologne. Photo : Lisa Rastl.

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Lucy McKenzie, "Moving Panorama (Trans Siberian)", 2024. Structures en bois et métal, mobilier ferroviaire, verre, textile, moteur, acrylique et huile sur toile. Structure : 700 × 100 × 230 cm, tambour mécanique : 150 cm de diamètre. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Buchholz, Cologne. Photo : Lisa Rastl.

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Lucy McKenzie, "Leaning Mannequin (Roman Statue / l’Orage)", 2020. Mannequin en fibre de verre, peinture acrylique et huile, robe en soie à galon doré, chaussures de sport, 168 × 60 × 70 cm. Courtesy de l’artiste et d’un collectionneur privé. Photo : Galerie Buchholz.

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Lucy McKenzie, "Duchamp Mannequin, 1938 (II)", œuvre produite en 2026. Mannequin en fibre de verre, vêtements, perruque et lampe électrique, 160 × 90 × 60 cm. Courtesy de l’artiste et d’un collectionneur privé. Photo : Useful Art Services.

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Lucy McKenzie, "Faux Verdigris Statue (Zoya) 1 & 2", 2024. Mannequin en fibre de verre, peinture acrylique et huile, cire, socle, 175 × 49 × 40 cm / 178 × 48 × 69 cm. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Buchholz, Cologne. Photo : Lisa Rastl.