La playa del sordo

Exposition

Du 26 octobre 2012 au 13 janvier 2013

Commissariat : Noëlle Tissier

L’artiste sillonne les plages, son exploration est de l’ordre de la quête. Depuis 2002, Olivier Bartoletti a délocalisé son atelier sur le littoral méditerranéen où il vit, entre la France (Languedoc-Roussillon) et l’Espagne (Catalogne), afin de prendre en compte dans sa pratique le territoire environnant.

Le projet d’Olivier Bartoletti au CRAC a pour point de départ le film éponyme de l’exposition La Playa del Sordo, dans lequel un paysage balnéaire est filmé sous la pluie à la tombée de la nuit. L’entre-deux d’un paysage rempli, en apparence, de promesses d’abstractions tranquilles ou exotiques, est le leitmotiv des œuvres de l’exposition, qui reprennent “ in situ ” des éléments du film. La dichotomie du noir et blanc structure l’espace d’exposition. Apparue récemment dans le travail de l’artiste, la couleur noire met à jour l’envers d’une pratique dont la récolte de cotons-tiges échoués sur les plages méditerranéennes est le geste inaugural.

Des bâtonnets assemblés sous forme de grille, aux têtes de cotons-tiges avec lesquelles il rejoue la matérialité du tableau, Olivier Bartoletti interroge la peinture dans sa dimension analytique et organique. Les préoccupations picturales de la ligne et de la couleur, en lien avec l’espace, se prolongent dans les différents supports (vidéo, sculpture, photographie, dessin, installation) qu’il investit. La dimension analytique de l’œuvre héritée des grands courants ayant interrogé la matérialité de la peinture (Art minimal, Supports-Surfaces, Arte povera) est contrebalancée par l’imaginaire teinté d’humour suscité par les œuvres. L’expérience de la promenade se prolonge dans le tissage (trame) des bâtonnets de cotons-tiges, mais aussi des stylos, avec du fil de pêche. Ce geste long et répétitif inscrit sa pratique dans la durée.

Point de mire introductif à l’exposition, un espace pictural organique est perçu, dès la montée de l’escalier, à travers la matrice analytique qu’est la grille, ici, architecturale. Un “ wall painting ” abstrait, composé d’un grouillement informel, dialogue en contrepoint avec un monochrome noir. À l’opposé, un bas-relief composé de têtes de cotons-tiges dessine un paysage imaginaire. Entre les deux, la surface picturale s’ouvre au hasard de son environnement non pictural. Une ligne de coton rose ouvre une brèche dans l’espace du mur délimité par un monochrome brillant de peinture blanche, transposant le “concepto spatiale” de Lucio Fontana ou le zip de Barnett Newman à l’échelle de l’espace tri-dimensionnel du mur.

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Point d’orgue de l’exposition, la vidéo La Playa del Sordo (2012) est une dérive spleenétique dans le paysage sur une plage aux abords de Barcelone. Elle a été tournée sur la plage de Sant Adria de Besos, surnommée “Tchernobyl-plage” par les habitants du fait de la proximité d’une centrale électrique désaffectée. Les mouvements de la caméra, les ralentis, les légers soubresauts de l’image, le bruit de la pluie accentuent l’idée d’un temps qui n’est plus tout à fait celui du réel. Comme dans un rêve (ou un cauchemar), les cheminées d’usines, graffs, écritures, chats errants, peuplent la vidéo d’apparitions fantasmagoriques. L’usine désaffectée semble habitée par des êtres invisibles dont l’expression anonyme s’inscrit sur les murs. La ruine, mémoire d’un passé révolu, perdure, à l’image des cotons-tiges, rescapés des filtres des stations d’épuration échoués sur la plage que l’artiste réinvestit dans sa pratique.

Le noir de la salle où est projetée la vidéo est “troué” par des jeux de lumière qui “réfléchissent” les œuvres. La lumière projetée sur une grille de tubes de coton-tiges assemblés avec du fil de pêche décline son ombre portée sur le mur. Le miroir répercute les œuvres et le reflet du visiteur dans la brèche spatio-temporelle ouverte par l’œuvre V à VII (2012). Et l’autoportrait anonyme (2012) joue d’une disparition fantasmagorique et mimétique du visage de l’artiste dans le noir du mur et d’une apparition du coton-tige blanc qui, masquant le regard de l’artiste, annihile toute dérive interprétative de la pratique au regard de l’ego.

Selon le principe d’un va-et-vient entre la réalité et son extension imaginaire, les installations mettent en perspective des mouvements et des images aperçues dans la vidéo La Playa del Sordo (enroulement de fils de fer barbelés, alignement de fenêtres brisées, tournoiement des feuilles de palmiers…) en écho à la pratique picturale de l’artiste. Au centre de l’espace, une couronne de feuilles de palmiers peinte en noir structure le regard et ouvre à une iconographie multiple. Dans son sillage, les traces noires de l’installation à l’encre et tubes de bic laissent deviner la présence d’une grille disparue. Focale du regard, le treillis modulaire de l’œuvre Étude antisismique (2008) et la composition en cotons-tiges de Mignon (2007), tous deux à l’échelle réduite, laissent s’immiscer la couleur.
Par quels mystérieux chemins, par quels étranges voyages ce bâtonnet plastique, ossature sans nom de milliards de cotons-tiges, ce bâtonnet jeté dans la poubelle d’une salle de bain anonyme s’est retrouvé partie intégrante de la peinture d’Olivier Bartolletti ? Dernière étape avant cette ultime utilisation, sa découverte sur la plage…touche de couleur au milieu de la grisaille des bois flottés, frères de croisière en Méditerranée, eux aussi échoués sur la longue plage. Combien de temps a duré son insondable voyage dans l’eau de mer, quelle mystérieuse chimie a transmuté sa couleur d’origine, depuis quand dort-il au soleil ou enfoui dans le sable, roulé par les vents parmi les œufs de seiche, les seringues et les boulettes de goudron, les questions se multiplient et seul répond le clapotement des vagues…

Exposition : Project room - LA PLAYA DEL SORDO

« Olivier Bartoletti conçoit le monde, les formes, à partir de la peinture c’est-à-dire à partir d’une disposition conceptuelle et mentale l’éloignant du littéral, de « l’objet d’art ». Il n’y a pas d’objets chez Olivier Bartoletti, il y a la peinture qui se change et devient une construction, par exemple. cette construction souvent fragile peut s’accrocher à un point de l’espace mettant en cause la gravitation, se poser sur un mur ou un sol, nous obligeant à relire le monde grâce à son organisation colorée, transparente, rythmée. […] ».

Extrait du texte Poser l’insaisissable, Olivier Kaeppelin, directeur de la fondation Maeght à St-Paul-De-Vence.

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Vue de l’exposition « La playa del sordo », Olivier Bartoletti, Crac Occitanie à Sète, 2012-2013. Au mur, au fond : « Sans titre », 2012, production Crac Languedoc-Roussillon. Au centre, suspension : « Sans titre », 2012, production Crac Languedoc-Roussillon. À droite, au sol : « Etude antisismique », 2008, courtesy de l’artiste. Photo de Marc Domage.

Ma pratique de l’arpentage du territoire, passant de la surface de sable au cloaque vomissant les eaux usées des villes, vise à introduire au centre de l’attention des éléments périphériques, comme un retour du refoulé.

Olivier Bartoletti

Artiste exposé

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Vue de l’exposition « La playa del sordo », Olivier Bartoletti, Crac Occitanie à Sète, 2012-2013. Au mur, au fond : « Sans titre », 2012, production Crac Languedoc-Roussillon. Au centre, suspension : « Sans titre », 2012, production Crac Languedoc-Roussillon. À droite, au sol : « Etude antisismique », 2008, courtesy de l’artiste. Photo de Marc Domage.

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Vue de l’exposition « La playa del sordo », Olivier Bartoletti, Crac Occitanie à Sète, 2012-2013. Au fond, au mur : « Sans titre », 2012, production Crac Languedoc-Roussillon. Structure : « Sans titre », 2012, production Crac Languedoc-Roussillon. Photo de Marc Domage.

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Vue de l’exposition « La playa del sordo », Olivier Bartoletti, Crac Occitanie à Sète, 2012-2013. Au fond, au mur : « Sans titre », 2012, production Crac Languedoc-Roussillon. Structure : « Sans titre », 2012, production Crac Languedoc-Roussillon. À droite : « La playa del sordo », 2012, production Crac Languedoc-Roussillon et DRAC Languedoc-Roussillon. Photo de Marc Domage.

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Vue de l’exposition « La playa del sordo », Olivier Bartoletti, Crac Occitanie à Sète, 2012-2013. À gauche : « De V à VII », 2012, courtesy de l’artiste. À droite : « Autoportrait anonyme », 2012, production La Station, Nice, courtesy de l’artiste. Photo de Marc Domage.

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Vue de l’exposition « La playa del sordo », Olivier Bartoletti, Crac Occitanie à Sète, 2012-2013. À gauche : « 13791 têtes de coton », 2012, courtesy de l’artiste. Au fond : « Sans titre », 2012, production Crac Languedoc-Roussillon. Structure : « Sans titre », 2012, production Crac Languedoc-Roussillon. Photo de Marc Domage.

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Vue de l’exposition « La playa del sordo », Olivier Bartoletti, Crac Occitanie à Sète, 2012-2013. « Mignon », 2007, Courtesy Jacques Fournel. Photo de Marc Domage.

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Vue de l’exposition « La playa del sordo », Olivier Bartoletti, Crac Occitanie à Sète, 2012-2013. « Etude antisismique », 2008, courtesy de l’artiste. Photo de Marc Domage.

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Vue de l’exposition « La playa del sordo », Olivier Bartoletti, Crac Occitanie à Sète, 2012-2013. « Trama trauma », 2012, courtesy de Noëlle Tissier. Photo de Marc Domage.

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Vue de l’exposition « La playa del sordo », Olivier Bartoletti, Crac Occitanie à Sète, 2012-2013. « La playa del sordo », 2012, production Crac Languedoc-Roussillon et DRAC Languedoc-Roussillon. Photo de Marc Domage.