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INTER-EXPOSITIONS : LE CRAC OCCITANIE EST ACTUELLEMENT FERMÉ POUR RÉACCROCHAGE - À venir : exposition "Pour la peau de Jessica Rabbit" - Pauline Curnier Jardin

  • Monographie

du 02/07/2022 au 08/01/2023

Commissariat : Marie Cozette

ENGLISH BELOW
Plasticienne, cinéaste et performeuse, Pauline Curnier Jardin (née en 1980 à Marseille), puise dans un vaste répertoire de références allant de la mythologie gréco-romaine aux contes populaires, de diverses pratiques religieuses aux rituels païens.
Ses films et installations, qu’elle conçoit souvent comme des scènes de théâtre, renvoient à des espaces de jeu, de divertissement populaire, tels que le cirque, le cabaret, le carnaval ou la fête foraine, autant de mondes où toutes les identités, les travestissements et les renversements sont permis. Dans une sorte d’ethnologie sauvage et organique, Pauline Curnier Jardin documente divers rituels : processions, pèlerinages, fêtes votives…
Pauline Curnier Jardin, "Grotta profunda"
Pauline Curnier Jardin, Grotta Profunda Approfundita, 2017.
Installation cinématographique avec vidéo HD, couleur et n/b, son, bois, granulat, mousse.
Vue d’exposition Viva Arte Viva, 57ème Biennale de Venise à l’Arsenale.
Courtesy de l’artiste et d’Ellen de Bruijne Projects. Photo : © Daniele Zoico.

Son vocabulaire relève autant du conte et de la féérie que du film d’horreur ou de la série Z, tout en étant peuplé de personnages étranges, à la fois grotesques et hors catégorie, ou encore de figures en marge, qui arpentent les lisières des villes comme celles de la norme sociale et du genre.
Les personnages historiques ou mythologiques au centre de certains films (Sainte Agathe, Bernadette Soubirous) sont revisités pour devenir des figures qui défient les idées reçues et les stéréotypes tout en exposant le spectateur à des états limites qui font dérailler notre appréhension de la norme et du bon goût.
L’exposition au Crac Occitanie est l’occasion d’une plongée totale dans l’univers plastique et filmique de Pauline Curnier Jardin. C’est la première exposition de cette ampleur dédiée à l’artiste en France.
Plusieurs installations sont construites sur mesure pour les espaces du Crac et permettent de découvrir des films, des dessins et des images au sein d’une arène romaine reconstituée, à l’intérieur d’un placenta géant, dans un diorama archéologique, ou encore en passant à travers les jambes d’une géante…
Le parcours de l’exposition commence avec une installation monumentale intitulée Fat to Ashes, présentée pour la première fois en 2021 au Hamburger Bahnhof (Berlin) à la suite de l’obtention du Preis der Nationalgalerie.
Le Crac présente la seconde occurrence de cette installation. Une reconstitution d’arène romaine sert à la fois de décor sculptural et de dispositif cinématographique dans lequel le film du même nom Fat to Ashes est présenté. Littéralement « du gras aux cendres » ce titre renvoie au mardi gras et au mercredi des cendres, soit le passage vers le début du jeûne et de l’abstinence dans le calendrier chrétien. Par opposition aux cendres, le mardi gras est un jour de dépense et de défoulement collectif marqué par le carnaval.
Le film de Pauline Curnier Jardin est un montage de séquences tournées en super 8, qui entrelace plusieurs récits : des processions liées au martyr de Sainte Agathe à Catane en Italie, un carnaval à Cologne en Allemagne et la tuaille du cochon, rituel rural collectif qui se perpétue depuis l’Antiquité et qui consiste à abattre et à préparer le cochon pour le manger au moment le plus froid de l’année. L’imbrication de ces différentes trames produit un effet de transe visuelle et sonore dans laquelle la dépense, l’excès, l’extase physique ou spirituelle sont intimement mêlés.
L’arène qui sert de scène à ces images renvoie tout autant au lieu du divertissement populaire, qu’à un espace sacrificiel, exutoire collectif des tabous et des refoulés. La reconstitution d’une architecture emblématique de Rome (où vit l’artiste) et de différentes villes de l’Empire telles que Arles ou Nîmes (où a grandi l’artiste) s’inspire de certaines traditions culinaires italiennes qui reprennent la forme de l’arène pour réaliser des folies pâtissières.
Pauline Curnier Jardin, vue de l’exposition « Fat to Ashes »,
Hamburger Bahnhof, 2021. Arena-Installation ; Fat to Ashes,
vidéo HD (transférée à partir de films 16 mm et Super 8),
couleur, son surround 5.1, 20:55 minutes.
Film de Pauline Curnier Jardin, productrice Jacqui Davies / PRIMITIVE FILM © Pauline Curnier Jardin,
Ellen de Bruijne Projects, Hamburger Bahnhof.
Photo : Mathias Völzke.

Ainsi Pauline Curnier Jardin bâtit-elle à son tour une folie architecturale dégoulinante, à la fois lieu de gloutonnerie, mais aussi scène de théâtre antique et théâtre anatomique tel qu’il apparaît dans le sud de l’Europe au XVIème siècle, en tant que lieu d’étude et de dissection du corps humain.
La suite du parcours de l’exposition présente un autre projet récent de Pauline Curnier Jardin, initié lors de sa résidence à la Villa Médicis en 2019 et 2020. Dans le cadre du confinement de 2020 et d’une expérience de contrainte absolue des corps, elle initie une collaboration au long cours avec un collectif de travailleuses du sexe colombiennes, rencontrées à Rome, avec lesquelles elle a créé depuis le collectif Feel Good Cooperative. Pauline Curnier Jardin met en place une série d’ateliers avec ces femmes, et leur commande pour le prix d’une passe des dessins, dans lesquels elles représentent des scènes de travail. Les recettes de la vente des œuvres sont partagées entre toutes les membres de la coopérative, en vue de produire une aide sociale durant la pandémie. Les dessins ont fait l’objet de plusieurs expositions depuis 2020 et sont présentés au Crac Occitanie dans un nouveau dispositif produit pour l’occasion.
Pauline Curnier Jardin et Feel Good Cooperative, Le Lucciole, 2021.
Installation cinématographique sur vidéo HD 7:19 min.
Courtesy de l’artiste, Feel Good Cooperative et Ellen de Bruijne Projects, avec le
soutien de Jacqui Davies / PRIIMITIVE film, HKW Berlin et du CRAC Occitanie Sète.

Pauline Curnier Jardin réalise avec la coopérative un film intitulé Le lucciole (Les lucioles). Celui-ci met en scène ce même groupe de femmes dans la nuit, dans un scintillement d’ombres et de lumières, aux abords des routes, dans les champs à la lisière de Rome où elles travaillent habituellement. Les lucioles ce sont ces femmes qui apparaissent la nuit, rendues invisibles le jour, précarisées à l’extrême pendant la pandémie et en marge de toute reconnaissance sociale.
Dans un article de 1975, le cinéaste et écrivain Pier Paolo Pasolini se désolait de la « disparition des lucioles », dans un désastre écologique qu’il mettait en regard du capitalisme tout puissant, transformant tout sur son passage en objet de consommation. En revisitant à son tour la symbolique des lucioles, Pauline Curnier Jardin réinjecte un potentiel de vie, de jouissance collective et de magie, au cœur même du désastre économique, politique et écologique.
L’exposition est enfin l’occasion de présenter la réactivation d’une installation créée pour la biennale de Venise en 2017, intitulée Grotta Profunda Approfundita. Un environnement organique en forme de placenta fait office de chambre de visionnage pour le film du même nom, tourné en 2011, suite à une résidence de l’artiste à la Caza d’Oro au Mas d’Azil.
Grotta Profunda est une relecture burlesque de l’histoire de Bernadette Soubirou qui vit apparaitre la vierge à plusieurs reprises dans une grotte des Hautes Pyrénées et qui a fait de Lourdes le lieu de culte et de pèlerinage mondial que l’on connait aujourd’hui. Pauline Curnier Jardin construit à son tour une série de visions étranges et extravagantes dans lesquelles se succèdent une sirène-singe, une femme-araignée, une main sur pattes… autant de chimères qui semblent produites par l’imaginaire débridée de Bernadette, transformée entre temps en oeil géant…
Dans ce film comme dans les autres installations montrées au Crac Occitanie, Pauline Curnier Jardin reconnecte sacré et profane, corps et esprit, individuel et collectif, masculin et féminin… autant de territoires qu’elle recompose par des formes hybrides, transgressives, dans lesquels les centres ne cessent d’être réinvestis par leurs propres marges.

L’ensemble de l’exposition a été conçu en étroite collaboration avec la scénographe, créatrice de costume et danseuse Rachel Garcia, complice de longue date de Pauline Curnier Jardin pour la création des costumes, des scénographies de films, performances et installations.

Marie Cozette



Pauline Curnier Jardin, Grotta Profunda Approfundita, 2017.
Installation cinématographique avec vidéo HD, couleur et n/b, son, bois, granulat, mousse.
Vue d’exposition Viva Arte Viva, Biennale de Venise à l’Arsenale.
Courtesy de l’artiste et d’Ellen de Bruijne Projects.
Photos : © Daniele Zoico.

Ligne de séparation

ENGLISH VERSION :

Pauline Curnier Jardin (born in 1980 in Marseille) is a visual artist, filmmaker and performer who draws from a vast repertoire of references, ranging from Graeco-Roman mythology to folk tales, from various religious practices to pagan rituals.
Her films and installations, which she often conceives as theatrical stages, reflect spaces of play or popular entertainment, such as circuses, cabarets, carnivals or fun fairs, worlds where all identities, every kind of cross-dressing and reversal, is allowed. In a kind of wild and organic ethnology, Pauline Curnier Jardin documents various rituals: processions, pilgrimages, votive festivals…

Her vocabulary stems just as much from extravaganzas as from horror films or Z movies, while being populated by strange characters both grotesque and uncategorisable, or marginal figures roaming the fringes of cities as well as those of social and gender norms.

The historical or mythological characters at the centre of certain films (Saint Agatha, Bernadette Soubirous) are revisited, becoming figures that defy generally accepted ideas and stereotypes, while exposing the viewer to borderline states that derail our understanding of norms and good taste.

The exhibition at the Crac is a chance to plunge deep into Pauline Curnier Jardin’s universe of plastic works and films. It is the artist’s largest exhibition to date in France. Several installations were tailor-made for the Crac Occitanie’s spaces, making it possible to discover films, drawings and images within a reconstructed Roman amphitheatre, inside a giant placenta, in an archaeological diorama, or passing between the legs of a giantess.

At the beginning of the exhibition we encounter a monumental installation entitled Fat to Ashes, which was first presented in 2021 at the Hamburger Bahnhof (Berlin) after Pauline Curnier Jardin won the Preis der Nationalgalerie.
The Crac is presenting the second iteration of this installation. A reconstruction of a Roman amphitheatre serves both as sculptural scenery and as a cinematographic apparatus in which the film of the same name Fat to Ashes is screened. This title refers to Mardi Gras and to Ash Wednesday, that is to say the transition towards the beginning of fasting and abstinence on the Christian calendar. In contrast with Ash Wednesday, Mardi Gras is a day of collective exertion and release marked by a carnival.

Pauline Curnier Jardin’s film is a montage of sequences filmed in Super 8, interweaving several stories: processions linked to the martyr Saint Agatha of Sicily in Italy, a carnival in Cologne, Germany, and the pig slaughter, a rural collective ritual that has lasted since Antiquity, consisting in slaughtering and preparing a pig to eat at the coldest time of the year. The interweaving of these different elements produces the effect of a trance of sight and sound in which exertion, excess, and physical or spiritual ecstasy are closely mixed.

The amphitheatre that serves as a stage for these images is supposed to evoke a popular entertainment site no less than a sacrificial space, a collective outlet for taboos and repressed desires. The reconstruction of a structure emblematic of Rome (where the artist lives) and of different cities of the Empire such as Arles or Nîmes (where the artist grew up) was inspired by certain Italian culinary traditions that recreate the shape of an amphitheatre to create pastry follies. Pauline Curnier Jardin builds her own trickling architectural folly that is not just a site of gluttony, but also an ancient theatrical stage and an anatomical theatre of the kind that appeared in southern Europe in the 16th century, in which the human body was studied and dissected.

Next in the exhibition is another recent project by Pauline Curnier Jardin, initiated during her residency at the Villa Médicis in 2019 and 2020. In the context of the 2020 lockdown and an experience of absolute restriction of the body, she initiated a long-term collaboration with a collective of Colombian sex workers she met in Rome, with whom she has since created the Feel Good Cooperative.
Pauline Curnier Jardin established a series of workshops with these women, and for the price of a trick, she commissioned drawings from them, in which they depict work scenes. All proceeds from the sale of works are shared among all members of the cooperative, with a view to providing social assistance during the pandemic. The drawings have been shown in several exhibitions since 2020, and are being presented at the Crac in a new setup produced for the occasion.
With the cooperative, Pauline Curnier Jardin created a film entitled Lucciole (Fireflies). It presents this same group of women in the night, in a twinkling of shadows and lights along roadsides, in the fields on the edge of Rome where they usually work. Fireflies are those women who appear at night, made invisible in the day, rendered extremely financially vulnerable during the pandemic, and lacking all social recognition. In a 1975 article, filmmaker and author Pier Paolo Pasolini deplored the “disappearance of the fireflies”, as part of an ecological disaster that he examined in light of all-powerful capitalism, which turns everything into an object of consumption. By revisiting the symbolism of fireflies, Pauline Curnier Jardin reinjects the potential for life, collective pleasure, and magic at the very heart of the economic, political and ecological disaster.

Finally, the exhibition is a chance to present the revival of an installation created for the 2017 Venice Biennale, entitled Grotta Profunda Approfundita. An organic environment shaped like a placenta serves as a viewing chamber for the film of the same name, shot in 2011 following the artist’s residency at the Caza d’Oro in Le Mas d’Azil. Grotta Profunda is a burlesque reinterpretation of the history of Bernadette Soubirous, who saw the Virgin Mary appear several times in a cave on the High Pyrenees, making Lourdes into the global site of worship and pilgrimage that we know today. Pauline Curnier Jardin constructed her own series of strange and extravagant visions in succession, including a monkey-siren, a spiderwoman, a walking hand… all of them chimera that seem to be produced by Bernadette’s unbridled imagination, who in the meantime has transformed into a gigantic eye…

In this film as in the other installations shown at the Crac Occitanie, Pauline Curnier Jardin reconnects sacred and secular, body and spirit, individual and collective, male and female… all territories that she reconstructs through hybrid, transgressive forms, in which the centres never cease being re-penetrated by their own margins.

The entire exhibition was conceived in close collaboration with the set designer, costume designer and dancer Rachel Garcia, a long-time accomplice of Pauline Curnier Jardin for the creation of costumes, film set designs, performances and installations.

Marie Cozette


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CRAC

CRAC OCCITANIE
LE CENTRE RÉGIONAL D'ART CONTEMPORAIN
OCCITANIE / PYRÉNÉES-MÉDITERRANÉE

LE CENTRE D'ART EST ACTUELLEMENT FERMÉ
POUR RÉACCROCHAGE

RÉOUVERTURE À PARTIR DU 2 JUILLET
AUX HORAIRES SUIVANTS:
Ouvert tous les jours de 12h30 à 19h
Le week-end : de 14h à 19h
Fermé le mardi
Open weekdays from 12.30 p.m. to 7 p.m., except on Tuesdays
and on the weekend from 2 p.m. to 7 p.m.

Fermetures annuelles :
1er mai, 25 décembre et 1er janvier.
Annual closures :
1st of May, 25th of December and 1st of January.

Entrée gratuite / Free entrance

L'accès au centre d'art est soumis aux mesures sanitaires en cours:
merci de respecter les gestes barrières, le port du masque est conseillé.

During your visit, social distancing rules and preventive measures must be respected,
mask wearing is recommended.

26, Quai Aspirant Herber
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