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Artistes

En marchant - Hamish FULTON, Boulder, 2012, Photographie, 2012, © Hamish FULTON

Hamish Fulton

Né(e) en 1946
à Londres, Grande-Bretagne
Vit et travaille à Canterbury, Kent - GB

 

Hamish Fulton affirme que «marcher transforme». Depuis le début des années 1970, il parcourt le monde à pied. Il a réalisé plusieurs centaines de marches à travers le monde qui représentent des milliers de kilomètres parcourus, restituant cette expérience intime à travers des photographies, wall painting et sculptures. Ce passage de la sphère privée à la sphère publique fonde sa démarche. Il est aussi l’un des premiers artistes avec ceux du Land Art à imposer la photographie dite documentaire dans le champ de l’art contemporain dans les années 70.

 

Ces marches fonctionnent en échos à d’autres et s’articulent autour de repères géographiques et de systèmes de mesures auxquels il se confronte. Il pénètre littéralement le paysage démultipliant les points de vue par la marche qui engage le corps tout entier. Elles ont en effet une dimension fortement performative et bousculent voire renouvellent ainsi la conception de la présence de l’art dans l’espace public. Son corps devient sculpture évoluant dans le paysage. A l’occasion de ses marches qu’elles soient dans un environnement naturel ou urbain, il entre en interaction avec lui, ses habitants inaugurant de nouveaux rapports et de nouvelles trajectoires piétonnières. La marche devient un espace d’énonciation qui fait œuvre : « No walk, no work »... Muriel Enjalran

En Marchant - Hamish Fulton

 

Hamish FULTON - Google Champa Tenzin
Hamish FULTON - Google Champa Tenzin

 

« En marchant » (« Walking »), exposition monographique de l'artiste Hamish Fulton, marque le grand retour en France de cet artiste d'origine britannique qui marche depuis plus de quarante ans à travers le monde. Composé d'un ensemble de seize wall paintings (peintures murales) réalisés in situ, de cinq photo-textes encadrés, de l'édition du « Mètre », d'une vidéo « Margate walking » et de documents (livres d'artiste, catalogues) sous vitrine, le parcours d'exposition dessine une grande traversée au fil des cours d'eau et des côtes qu'il a longés, des routes et sentiers parcourus et des massifs franchis de 1971 à 2012 en France, en Écosse, en Espagne, aux Pays-Bas, en Suisse, en Italie, en Autriche, en Allemagne, aux États-Unis, au Japon et au Tibet. Pour son projet au Centre Régional d'Art Contemporain Languedoc-Roussillon, Hamish Fulton a réalisé durant l'été 2012 une marche de 23 jours à travers les Pyrénées, au cours de laquelle il a relié Hendaye à Llançà en suivant en partie le GR11 espagnol.

 

C'est en 1973, à l'issue d'une marche du nord-est au sud-ouest de l'Angleterre (2ème marche d'une côte à l'autre) de quarante sept jours , qu'il décide que son travail artistique résultera exclusivement de la marche : « Si je ne marche pas, je ne peux pas faire une œuvre d'art ». Sachant qu' « un objet ne peut rivaliser avec une expérience », son travail artistique est une tentative de traduction de la quintessence de ses marches et de leur rapport au monde. Les paysages traversés et le corps du marcheur, mis à distance, ne sont donc que très rarement représentés. L'expérience intime inaugurale donne naissance, depuis le début des années 1970, à des œuvres encadrées et des livres qui combinent textes et photographies, auxquels se sont ajoutées la pratique picturale dès 1982 et des  performances collectives à partir de 1994. L'économie de moyens et le recours au pouvoir évocateur du langage (mots, langues, écritures) sont une constante de l’œuvre. Cependant, l'expérience première de la marche, indissociable de l’œuvre, l'éloigne de la démarche des artistes conceptuels pour qui l'idée prime sur la réalité expérimentée.

Dans la première salle, l'aphorisme du wall painting « 32 walks 1971-2012 » (32 marches 1971-1972), « une ligne marchée à la différence d'une ligne dessinée ne peut jamais être effacée », énonce une philosophie de l'action et de l'expérience liée à la marche, qui est indissociable de l'être. Un ensemble de lignes rouge et noire matérialise les trajets parcourus depuis sa première marche d'une côte à l'autre en 1971 jusqu'en 2012. Des dates, le nombre et le sens de la marche sont simplement indiqués sur la carte de l'Europe dessinée par ses contours. La temporalité du marcheur trouve ici une représentation spatiale, tandis que le corps en mouvement du regardeur se trouve happé par la monumentalité et la poésie de la ligne de crête des montagnes dessinées dans les deux wall paintings  « Mountain skyline » (La ligne d'horizon des montagnes). Le caractère intemporel de la marche rejoint l'immensité du paysage.

 

Hamish Fulton utilise une écriture symbolique au caractère universel. Le processus poétique, proche des haïkus  japonais, ne cherche pas à décrire mais plutôt à évoquer des impressions ressenties par l'artiste lors de la marche. Chaque œuvre comporte un texte qui énonce dans un style abrégé et impersonnel les lieux, la date, le nombre de jours de la marche. Ils sont comme les repères spatio-temporels écrits dans ses carnets par le voyageur en introduction aux souvenirs. L'atemporalité des verbes au gérondif tend à réveiller l'instant présent vécu durant la marche . L'énoncé est associé dans l'image à des aphorismes qui le dépassent en proportions : « Google Champa Tenzin », « chinese economy / tibetan justice / tibetan freedom / silence » (Economie chinoise / justice tibétaine / liberté tibétaine / liberté / silence), « Brain Hear Lungs » (Cerveau / cœur / poumons), « walking into the distance beyond imagination » (Marcher la distance au-delà de l'imagination), « no talking for seven days » (Ne plus parler pendant 7 jours), « d'une côte à l'autre une ligne entre le soleil levant et le soleil couchant », etc. Hamish Fulton utilise des symboles empruntés au langage graphique chinois : le pictogramme de la montagne et l'idéogramme du chemin pour des marches au Japon. Le texte devient image. La verticalité des noms de ruisseaux dans l’œuvre « Les Noms des Rivières et Ruisseaux traversés sur les Ponts » dessine la sinuosité d'un cours d'eau. Le wall painting « D'une côte à l'autre une ligne entre le soleil levant  et le soleil couchant» érige une colonne homothétique avec le trajet parcouru entre Narbonne-Plage et Boulogne-sur-Mer sur la carte de la France. L'emplacement des mots, cerveau, cœur, poumons, de haut en bas, dans le wall painting « Brain Heart Lungs » (Cerveau, cœur, poumons) symbolise le corps. Dans le wall painting «The way» (Le chemin) l’idéogramme signifie la voie, le chemin, en écriture japonaise Kanji. Chaque élément du signe renvoie à une partie du corps : l’œil, la tête et le nez, enfin les pieds ou l’action de marcher. C’est l’image de soi-même en train de marcher. L'investissement physique du marcheur, mais également la concordance de la marche avec les cycles naturels des saisons, créent les conditions de la réceptivité au paysage. Plusieurs marches sont réglées sur le cycle lunaire et le symbole du cercle est récurrent dans l'exposition. L'art de Fulton découle de sa compréhension personnelle de l'équilibre dans la nature. Très tôt dans sa pratique, il s'est intéressé aux cultures vivant au plus près de la nature : indiens nord-américains, aborigènes australiens, peuples du Tibet. La marche est le médium qui lui permet d'accéder à un état de conscience accrue de la nature propice à la méditation. Se mêlent dans sa pratique l'influence de modes de pensée (animisme, bouddhisme zen) qui ne dissocient pas l'espace physique de l'espace mental, jusqu'à faire coïncider cycles naturels et cycles magiques. Le nombre de jours de marche, le nombre de fois où certaines marches sont répétées, et le nombre de lettres dans un même mot, sont souvent liés à la symbolique du chiffre sept. Chiffre sacré dans toutes les religions et toutes les croyances, il symbolise en général un cycle complet à l'issue duquel intervient un changement, un renouvellement positif. La marche du wall painting « Google Champa Tenzin  » emprunte sept fois le circuit de pèlerinage (kora) qui entoure le temple bouddhiste de Jokhang dans le quartier du Barkhor, au centre de la veille ville de Lhassa au Tibet. Dans le Bardo Thödol, livre des morts tibétains, la résurrection intervient après quarante neuf jours, soit sept semaines. C'est le nombre de jours à l'issue duquel Hamish Fulton atteint les 8850 mètres du mont Everest. C'est également le rituel auquel il se soumet : « En comptant 49 pas pieds nus sur la planète terre chaque nuit des 12 pleines lunes de 2010 ». Le phénomène astronomique de « double lune bleue » survenu en mars 1999 est l'élément calendaire sur lequel il s'appuie pour terminer une première marche de sept jours sur l'île de Kyushu au Japon, en début de mois et une deuxième marche de sept jours dans les montagnes Cairngorm en Ecosse, en fin de mois. Un lien immatériel se tisse entre ces deux marches. L'évocation d'un paysage mental passe également par la couleur. Au delà de leurs symboliques culturelles, les couleurs dans les wall paintings ont une signification universelle : le bleu de l'eau (rivières, mer), du ciel, de la montagne ; le blanc de la lune, de la montagne, le jaune du soleil ; le noir, le gris foncé de la nuit. Le contraste des couleurs et leur mise en relation dans le parcours d'exposition amplifient leur impact sensible. L'ambivalence entre le rouge et le noir dans le wall painting « Chinese economy » (Economie chinoise) manifeste le conflit entre la Chine et le Tibet.  Hamish Fulton adopte une attitude de respect vis à vis de la nature. Le wall painting « This is not Land Art » (Ce n'est pas du Land Art) rejette sans ambiguïté possible toute affiliation de son travail avec le Land Art. Son travail ne résulte pas d'une intervention « matérielle» directe dans le paysage pour en modifier l'aspect. Il se réclame au contraire de l'éthique environnementale du « Leave no trace » (sans traces). Lorsqu'il met en résonance, dans l'édition du « Mètre », les marches solitaires et collectives réalisées sur des routes et en milieu urbain avec les éléments de mesure que sont le mètre étalon et le point zéro des routes de France à Paris, il compare deux échelles de mesure de l'espace : le nombre de pas marchés avec les distances normées et habituellement parcourues en véhicule. C'est une autre échelle de valeurs, celle du temps de la marche qu'il oppose à la société de la vitesse technologique.

 

 

Réalisation vidéo : Aloïs Aurelle © Nov 2013


Les marches solitaires ont progressivement ouvert la voie à des marches collectives, sous forme de performances, dans lesquelles l'expérience partagée de la marche silencieuse permet l'engagement du corps social. Le 3 mars 2010, 198 personnes marchent 7 fois, dans le sens des aiguilles d'une montre, autour d'une piscine artificielle sur la plage de Margate en Angleterre, en file indienne en essayant de maintenir une distance d'un mètre entre elles. Le médium vidéo, utilisé pour la première fois par l'artiste, enregistre la transformation de l'espace par la ligne sans cesse mouvante des marcheurs. Une fois l'action passée et les marcheurs partis, la marée recouvre la piscine. « Une ligne marchée à la différence d'une ligne dessinée ne peut jamais être effacée ». Le 30 avril 2011, Hamish Fulton invite des participants à une marche contestataire [« Slowalk (In support of Ai Weiwei)» - Marche lente (en soutien à Ai Weiwei)] de deux heures à la Tate Modern à Londres en soutien à l'artiste chinois emprisonné Ai Weiwei.

Le glissement du visible à l'invisible, de la présence à l'absence, sensible dans toute l'exposition se poursuit dans la série de cinq photo-textes encadrés relative à la marche de 23 jours effectuée par Hamish Fulton d'une côte à l'autre durant l'été 2012 à travers les Pyrénées. Hamish Fulton n'a pas la volonté de documenter la marche. Peu de photos résultent d'une même marche et il ne s'intéresse pas à l'aspect technique du médium. Hamish Fulton part du postulat que la photographie seule ne peut restituer l'expérience réelle de la marche. Les mots « Boulder » (rocher), « Footpath » (sentier)  et « Walking east » (marcher vers l'est) sous la photographie en noir et blanc, titrent l'image et orientent sa lecture sur les strates géologiques du rocher et la perspective ouverte par le sentier. Ils permettent de repenser le rapport de la marche et de la photographie au temps qui passe et à l'infini.

 

Réactivées, sans cesse mouvantes, les œuvres d'Hamish Fulton sont des entités flexibles, qui témoignent, dans leur globalité, à la fois des transformations du monde mais également de l'impermanence des choses. « Les marches sont comme les nuages elles vont et viennent » (Hamish Fulton). Reste alors l'universalité de l'expérience de la marche qui permet de penser notre rapport au monde.

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