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Artistes

Bojan Fajfrić

Né(e) en 1976
à Belgrade
Vit et travaille à Amsterdam, Pays-Bas


 

Theta Rythm (Pendant que mon père dormait)

Avant et après la 8e session du Comité Central de La Ligue Communiste de Serbie, de nombreuses réunions ont eu lieu. Les séances étaient longues et épuisantes. Jusqu'en 1989, mon père a travaillé dans l’un des départements du Comité Central de la ville de Belgrade. Il a été député de l'idéologie, chargé de l'organisation de ces réunions, y compris de la 8eme session. Les reportages ont été diffusés dans les bulletins d’informations dont certains retransmis en direct à la télévision nationale. En tant qu’enfant de onze ans, je trouvais ces réunions marathon ennuyeuses et insensées. Néanmoins, je les ai suivies, afin d’apercevoir furtivement le visage de mon père à la télévision. C'était comme si mon père était une célébrité. C'est au cours de l'une de ces réunions télévisées que la caméra a "attrapé" mon père en sommeil. Cette image ne me paraissait pas importante, en dehors du fait que j'aurais pu me moquer de lui.
Je suis toujours resté confronté à cette image insaisissable, même si elle a disparue de ma mémoire. Mon père quitte son poste par opposition à la politique de Milosevic, et en 1990, il se tourne vers une profession complètement différente (l'équitation et saut d'obstacles). Toute cette histoire est restée anecdotique, mais nous avons gardé ce film en cassette VHS à la maison. C'est sur ce document que j'ai mis la main.
Le fait est que l'endormissement de mon père n'a pas produit de gêne ou un quelconque scandale, bien au contraire, ce fut un acte imperceptible. Au moment où Milošević se battait pour le pouvoir, les réunions ont été sans fin. Sa stratégie était de permettre à toute personne participant à la réunion de parler de tout et de rien, vaguement lié à la question du renouvellement du Parti communiste, et sans limite de temps. Ces sessions ont duré jusqu'au petit matin, de sorte que la majorité des participants voterait OUI sans le moindre jugement critique, juste pour pouvoir rentrer à la maison.
Par conséquent, l’endormissement de mon père est métaphoriquement l'impossibilité de sa génération à surmonter les circonstances du moment et donc d'affecter le cours de l'histoire.
Ce sommeil profond m’ a ouvert la possibilité de puiser dans ce grand récit historique, d’un point de vue personnel. Je n’ai donc pas approché cet événement historique d'un point de vu sociologique ou documentaire. Je peux raconter ma propre histoire qui pourrait être une version universelle, politique parmi tant d'autres.

ARCHIVE
- La recherche de ce morceau de film a commencé dans les archives de la Radiotélévision de Serbie et s'est poursuivie avec des entretiens approfondis de mon père et de ses collègues. Ce fut la première réunion politique qui a été retransmise en direct à la télévision non - stop, une idée géniale de l'épouse de Milosevic, Mirjana Markovic, dans le but de montrer au public le pouvoir de Slobodan, en même temps que le sien. Une centaine de conférenciers a débattu près de 26 heures sur deux journées de septembre de l’année 1987 ( les 23 et 24).

INTERVIEWS - Les points focaux de ces entretiens sont les moments où ils essaient de se rappeler certains détails apparemment sans importance, qui révèlent la pluralité de significations et nous emmènent dans la salle miroir de références. Les collègues de mon père qui ont été interrogés sont ceux dont les rôles dans le grand récit peuvent être considérés comme mineurs, voire inexistants. Pourtant sans eux ( l'imprimeur, l'ingénieur du son, le serveur, le concierge, etc.) , le système ne fonctionnerait pas.

RECONSTRUCTION DU BUREAU - La troisième partie est une vidéo où Mirko a des souvenirs de la mise en place de son bureau dans le bâtiment qui était autrefois le Comité de Belgrade du Parti Communiste. Il se souvient de la plupart des détails, sauf de la position de l'image de Tito, quand ils
ont remplacé son image par celle de Milosevic.

RECONSTITUTION - La 8ème session est un moment très important et traumatisant de l'histoire serbe récente qui montre l'incapacité de la génération de mon père à faire face à Milosevic. C’est aussi un moment essentiel qui détermine la vie de nombreux autres Yougoslaves, dont la mienne et celle de ma génération. Alors, j'ai décidé pour la scène de fin du projet-synthèse, de faire revivre ce jour-là et de prendre le rôle de mon père. Ce projet n'est pas fait pour produire une sorte de conclusion, ni pour se venger de mon père et de sa génération. La forme sous laquelle le film est présenté est importante. Il est joué en boucle, et donc dépourvu d’une fin et d’un début clairement identifiés. Il porte un caractère intemporel, où les faits ultérieurs se répètent sans aucune conclusion, suivant leur propre rythme sans hâte et en évitant la fermeture simple ou finale.
Il laisse plus de place à l'interprétation. Le personnage principal, mon père (joué par moi) est piégé dans un jour particulier de sa vie, répétant son quotidien ordinaire . Ce film est composé d'une recréation détaillée de la période de 1987, et de la routine quotidienne de mon père pendant cette période. La reconstitution minutieuse a culminé quand je me suis plongé dans les images d'archives des sessions politiques.

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