Envoyer à un ami |  Imprimer | Contraste | A+ | A- | A=

Artistes

Olga Boldyreff

Né(e) en 1957
Vit et travaille à Nantes

 

Un petit objet cylindrique en forme de bobine, drôle de bobine, muni de quatre dents, qui parfois occupa, comme son cousin le scoubidou, les jeudis de notre enfance. Le mot qui le désigne indique clairement à quelle fonction il pourrait s'apparenter - le tricot - mais il se termine en Bibi Fricotin ou évoque pour les savants le célèbre abbé qui donna son nom aux pédants, les trissotins triplement sots. Celui qui se sert du tricotin fait circuler entre les quatre plots, selon un schéma des plus simples et à l'aide d'un petit crochet, un fil. Il produit ainsi un autre fil, plus gros.
Dans le tricot, la dentelle, la broderie ou la tapisserie, tous ouvrages de dames, une fois le travail accompli, le résultat est là, utile et agréable. Le tricotin, lui, ne sert à rien d'autre qu'à épaissir un fil. En cuisine au moins, quand on épaissit une sauce, on lui donne du corps.-On aura compris que le tricotin est une activité improductive : le tricotin est un passe-temps. Lorsqu'au début des années 90, Olga Boldyreff s'approprie cette activité ludique et fait du tricotin un des médiums de son travail, ce n'est pas pour passer le temps.
Aucune prédilection, chez elle, pour ces occupations nonchalantes qu'on pourrait attribuer à ses origines slaves et qui permettent de réduire la durée d'un morne après-midi (les mains retournent machinalement les cartes d'un jeu de patience, non loin du samovar qui fume...) ; pas davantage d'échéance à repousser ni de résultat à différer (Olga n'est ni Schéhérazade ni Pénélope); pas plus que de référence grandiloquente à la destinée et au sombre travail des Parques. Pourtant, le temps, chez Olga Boldyreff, est comme la mesure de l'oeuvre. Il la traverse, la sous-tend, l'exprime, la résume. Comme en musique. La mélodie d'Olga se joue sur la dérive d'une culture à l'autre, dans le parcours d'une langue à une autre; l'oeuvre se construit non comme un ruban qui se déroule, mais dans les intervalles que constituent les différents territoires explorés par l'artiste. Olga Boldyreff s'en sert comme d'une baguette de coudrier. C'est l'élément qui la relie au monde, qui la fait communiquer avec les autres. Cette activité dont la connotation féministe défie l'analyse psychologique ou stylistique et ne renvoie à aucune pratique d'ordre esthétique, ni à aucun combat (nous sommes loin par exemple des araignées de Louise Bourgeois, des mailles de Pierrette Bloch, des tableaux tricotés de Rosemarie Trockel), précisément parce qu'elle est dérisoire, lui permet d'établir ce rapport à l'univers, fondateur de toute oeuvre. Olga Boldyreff fait du tricotin un peu partout, dans les jardins publics, dans le train, dans une prison, dans les musées ou lieux institutionnels. Assise sagement, vêtue de son ensemble « bleu dragée », les yeux baissés sur l'ouvrage, elle offre aux autres de partager un instant, un espace, une expérience.
Plus tard, la cordelette ainsi réalisée lui permettra de créer des dessins de-fil : d'un clou à l'autre, sur le mur, le fil trace le contour d'une image, à la manière de ce jeu où l'on pousse la mine du crayon sur le papier, d'un chiffre au suivant, pour la surprise de découvrir un bateau, un lapin ou un parapluie. Les dessins d'Olga Boldyreff ne prétendent pas à plus d'originalité: ce sont des objets de l'univers quotidien dont la silhouette apparaît, simplifiée à l'extrême, sans modelé ni volume, à la perspective sommaire. Seule la magie de l'enfance a pu faire se croiser le temps et l'espace et produire cette fleur ou cette chaussure, qui est idée d'une fleur ou idée d'une chaussure et dont la vie ne tient qu'a un fil: celui que l'artiste a dévidé pour se jouer du vide et du plein et qui retournera en pelote, l'exposition achevée.

Mais faire advenir une forme n'est pour Olga Boldyreff qu'un élément d'une pratique artistique qui exploite bien d'autres procédures. Le Frac possède ainsi un ensemble de quarante-neuf photographies (" Les petits abandons " 1993-94) que l'artiste a prises des tricotins qu'elle a abandonnés dans divers lieux publics, comme autant de bouteilles à la mer, porteurs d'un message et appelés à une nouvelle destinée, avec l'espoir qu'un lien, chaque fois, s'établisse. Et lorsqu' Olga Boldyreff propose des initiations au tricotin, il s'agit encore de créer un contact à travers la transmission d'un savoir, et cette forme de rituel est l'occasion d'un échange, véritable moment de création.

Mais faire advenir une forme n'est pour Olga Boldyreff qu'un élément d'une pratique artistique qui exploite bien d'autres procédures. Le Frac possède ainsi un ensemble de quarante-neuf photographies (" Les petits abandons " 1993-94) que l'artiste a prises des tricotins qu'elle a abandonnés dans divers lieux publics, comme autant de bouteilles à la mer, porteurs d'un message et appelés à une nouvelle destinée, avec l'espoir qu'un lien, chaque fois, s'établisse. Et lorsqu' Olga Boldyreff propose des initiations au tricotin, il s'agit encore de créer un contact à travers la transmission d'un savoir, et cette forme de rituel est l'occasion d'un échange, véritable moment de création.

Il suffit que, pour enseigner la technique, l'artiste explique les gestes, guide la main, et que des doigts s'effleurent, pour que s'opère entre elle et son interlocuteur anonyme une relation chaque fois différente, toujours empreinte de légèreté et marquée par un subtil abandon.
Ce presque rien, ce «frémissement du temps partagé», est une parenthèse, un moment qui appartient à un autre espace; c'est une offrande. Cette dimension sensible donne son timbre original à un travail qui s'est nourri par ailleurs des avant-gardes des années 70, notamment les anglo-saxonnes (je pense à John Cage) et dont l'artiste elle-même se plaît à reconnaître la parenté avec Cadere et son bâton segmenté, peint de couleurs brillantes comme le tricotin. Cette oeuvre généreuse trouve sa résolution dans des registres divers, de la performance au livre, croisant poésie et musique, renouvelant le rapport au corps; elle trouve aujourd'hui un écho singulier dans la pratique d'artistes de la toute jeune génération, comme Marie-Ange Guilleminot et Christèle Familiari (le massage, notamment) ou Jonathan Monk ( l'art est une rencontre entre amis autour d'un verre de bière).

En réalisant aujourd'hui cet ouvrage regroupant les photographies des mains à qui elle a enseigné le tricotin, Olga Boldyreff n'échappe pas à la longue tradition, depuis les premières empreintes pariétales de mains, des artistes fascinés par ce « dieu en cinq personnes ».


« Visages sans yeux et sans voix, mais qui voient et qui parlent » (Focillon), les mains sont anonymes et pourtant uniques. Elles révèlent tout de la personne, aussi bien que le portrait le plus fouillé. Celles qu'a photographiées Olga Boldyreff viennent ici témoigner de ces quelques moments privilégiés qui, bien plus que nourrir l'oeuvre, en sont la substance même. Subtile.

Jean-Français Taddei, Frac Pays de Loire, Mars-Avril 1998

Expositions

Haut de page

CRAC

CENTRE RÉGIONAL D'ART CONTEMPORAIN OCCITANIE / Pyrénées-Méditerranée

26, Quai Aspirant Herber
34200 SÈTE - France

crac @ laregion.fr
Tel : 33 (0) 4 67 74 94 37
fax : 33 (0) 4 67 74 23 23

Horaires d’ouverture :

Ouvert  tous les jours sauf le mardi, de 12h30 à 19 h - Samedi, dimanche de 14 h à 19 h.

 

 

 

 

Le centre d'art sera fermé pendant l'accrochage de la prochaine exposition collective Tempête du Lundi 25 septembre au Vendredi 24 novembre 2017 à 18h30, jour du vernissage.

 

Invitation au CRAC de Carole Delga - mardi 18/7/2017 19h


Membre de d.c.a. association française du Développement des Centres d'Art

 

MEMBRE DU Réseau d'ARt contemporain     en Région occitanie