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Artistes

Exposition thématique - Négociations - 25-07 au 15-10-2000

Michel Henochsberg

 

Jean-Michel ALBEROLA / Michel HENOCHSBERG

ÉLOGE DU COLPORTEUR


Les gravures nous restituent sa silhouette malingre, pulmonaire, ployant sous le poids du ballot, mais sans démentir l'allure misérable et voûtée, le chroniqueur s'émerveille des ressorts musculaires et nerveux de cette figure inépuisable, si proche de l'âne qui l'accompagne.
Les colporteurs pullulent dans les bourgs et agglomérations d'un Occident qui s'ouvre progressivement à la modernité économique. Cette pléthore inquiète. Aussi, on ne manque pas de les chasser dès qu'ils débordent, mais ils reviennent encore plus nombreux déplore le Préfet de Police de la chronique. Le marchand établi, les merciers et les épiciers, ceux des boutiques, affichent de l'agacement épidermique, rapidement tempéré par la perspective d'écouler leurs invendus auprès de ces saltimbanques qui finalement créent une animation qui attire le badaud et donc le client.
Dans les marges des formes instituées et convenables du commerce, le colporteur, mine de rien, en figure le concept le plus pur.
Car il est l'agent propagateur de l'épidémie. Il irrigue les terres vierges que le marché et les boutiques n'ont pas pénétrées. Il est premier, ouvreur et avant-coureur. En plus des merveilleux almanachs et des élixirs miraculeux, il apporte les nouvelles et il évoque le monde extérieur. Il est la forme primitive et familière de l'ouverture et certains avancent que, dans l'esprit populaire, il a plus contribué à l'acceptation de la rotondité de la terre que lesgrands astronomes.
Jamais dans la stricte légalité, il tourne en permanence l'ordre établi. Il encombre la rue, il pollue la place du village et il occupe le parvis de l'Église : le Pouvoir n'a jamais su, ni pu, contrôler l'ambulant. Ces particules singulières d'une fluence en devenir affrontent très tôt un ordre qui n'en finira jamais de s'opposer aux menées libertaires du commerce. C'est pourquoi les tracas et les feintes des colporteurs et autres mercelots annoncent les orages contemporains des mondialisations.
Non seulement il dérange le parvenu mais il nargue tout classement. Est-il indigent ou plus aisé que sa mise ne l'indique puisqu'il arrive qu'on le retrouve plus tard, prospère et ayant pignon sur rue ? Est-il un itinérant camelotier, ou représente-t-il à lui seul une collection de métiers ? À l'image des lignes commerciales qu'il chevauche ou qu'il crée, sa mobilité défie le propriétaire enraciné, elle subvertit tout ce qui est installé et elle récapitule l'essence du commerce et de ses interminables négociations : mouvement, rapidité, instabilité, opportunisme, déplacement, palabres, marchandage, métamorphose. De quoi effrayer les braves gens, et séduire les âmes rêveuses.
On qualifie ainsi le colportage de complémentaire quand il s'emploie à débusquer les recoins récalcitrants à l'échange pour les enrôler dans la grande farandole de la foire ininterrompue du négoce. Cette prétendue périphérie du commerce régulier semble ainsi réaliser les desseins profonds de l'inondation économique qui submerge la planète : irriguer tout l'espace de canaux marchands. Le colportage n'est ni une excroissance, ni un archaïsme, ses itinéraires dessinent ou complètent le système nerveux de la fluence commerciale et monétaire.
Comme ses arguments principaux sont la parole et le contact, il est le père de tous les bonimenteurs et le frère de tous les comédiens. Mais l'heure est au dépassement du péjoratif ou du dénigrement qui masquent l'essentiel du message capital que véhicule le colporteur. Sa mise en scène de la transaction qu'il réalise en dressant son étalage, en criant son refrain, en suscitant les désirs, en nouant les intérêts, est la version véritable du commerce : rencontre des corps, des humeurs et des passions, des forces et des paroles. Sa vitalité et son attirance, ses accents et ses rêves, ses histoires et sa musique, critiquent par anticipation la version contemporaine d'une consommation massive et désincarnée, froide et utilitaire, sous la bannière de la grande distribution, Carrefour ou Internet. La fatigue guette, l'appétit diminue, en asséchant le lien et en expulsant le colporteur, le flux se tarira.
Et quand ils plient leur paquetage pour entamer le segment suivant dans leur déambulation, ils aiment à rappeler qu'ils ne sont pas vraiment d'ici : leur domicile est en tous les lieux du négoce, c'est à dire partout comme le déplore toujours le même Préfet de Police. Le colporteur vient d'ailleurs et il s'arrête pour un temps de rencontre et négociations, de la même façon que le commerce se pose dans les places du monde qu'il anime. Parfum et ballade apatrides.
Dépouillez le colporteur de ses signes extrêmes ou péjoratifs, oubliez ses frusques et ses subterfuges, et en suivant ce funambule des trottoirs et des lignes de crête, vous toucherez la nature profonde et éternelle du commerce et de ses négociations dont il est l'épure.

Avis à la population sur la véritable nature des rapports observés dans l'Histoire entre le Sud et le Nord, et les conséquences quant à l'origine des négociations.

LE NORD A TOUJOURS COPIÉ LE SUD
Le Sud a tout inventé et le Nord s'est appliqué à réaliser pratiquement les trouvailles méridionales.

LE GÉNIE GRATUIT DU SUD
Les transports méditerranéens, les fulgurances juives et grecques, les chimères arabes et ibériques, les fantasmes italiens et orientaux.

LE SUD ÉPHÉMÈRE FLAMBE
LE NORD PRATIQUE RÉALISE
Le voyage est du Sud, comme les réseaux, et le large commerce y est né, à l'abri du souk et du bazar qui ont transmis la jouissance de la négociation.

LA PAROLE SUD
LE CORPS SUD


Tract conçu par Dérèglement de Comptes (Jean-Michel Alberola et Michel Hénochsberg) à l'occasion de l'exposition " Négociations " au Centre Régional d'Art Contemporain Languedoc-Roussillon à Sète, Juillet-Août 2000.

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