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Artistes

Johannes Kahrs

Johannes Khars

Né(e) en 1965
à Brême, Allemagne
Vit et travaille à Berlin, Allemagne

"A-h ou le modèle décliné"

La conscience de notre propre corps n'a jamais été aussi obsessionnelle qu'aujourd'hui. On fait du sport, on fait attention à sa nourriture, le syndrome de la vieillesse nous hante, bref on veut durer et dans les meilleures conditions. Dans cette perspective, il n'est pas surprenant de constater que l'autoportrait trouve une place incontournable au sein des pratiques artistiques actuelles, originelle de sa propre représentation, au profit d'une mise en forme de soi, de sa propre existence au coeur d'un univers totalement fonctionnel ou d'un quotidien brut et sans artifice.
Chez Johannes Karhs dans la série d'autoportrait A-h, la représentation est essentielle. Bien que cette série débutée en 1994 se décline à travers différents médiums (peinture, photographie, dessin et vidéo), la rigueur du cadrage est constante pour ne laisser voir que le visage à partir des épaules sans mise en situation contextuelle comme pour une photo d'identité. Celleci, standard universellement convenu pour incarner de manière indiscutable et objective la personne représentée, est la preuve administrative (passeport, fichier de police) et sociale d'une adéquation entre une identité et un visage. Autrement dit, dans la systématisation de sa forme, elle standardise la représentation d'un individu, par une image nommée. En cela, la photo d'identité sensée être objective, soulève bon nombre de questionnements liés aux problèmes de la représentation.
Quelle distance y-a-t'il entre le réel et sa représentation? Comment et jusqu'où la représentation du réel peut-elle donner une lecture du monde valide et admissible?...

Dans la peinture A-h, Johannes apporte une réponse violente introduisant dans son autoportrait un acte de peinture radical d'anti-représentation en recouvrant tous ses sens (yeux, bouche, nez et oreilles) d'épaisses bandes de peinture noire. Le principe de l'autoportrait et les codes qui s'y rattachent, s'écroulent tout à coup. Privé des repères qui font sens, A-h opère un glissement aux limites de la figuration, où seuls quelques infimes détails du visage, font échapper la peinture à l' abstraction. L'autoportrait se défonctionnalise alors de son principe initial, pour devenir une forme à peine identifiable. Acte radical et à la fois acte d'impuissance face à la représentation peinte, A-h traduit également la peur face à la représentation de soi, mais également la peur de la portée de sa propre pratique artistique, "...quand ce qui est humain est masqué, il n'y a plus rien de présent que l'animalité et la mort "(*)
Comment s'expérimenter, se mettre en péril, repousser plus loin les limites de sa propre acceptation, comment être au monde, comment vivre le monde? Faut-il devenir mutant à l'i mage de Serge Comte et ses Super Bastards (autoportraits difformes et modulables) ou s'extraire, se désocialiser, se fermer totalement sur soi pour ne plus transmettre, ne plus donner et trouver intérieurement l'indispensable à sa propre survie afin de la trouver acceptable ? Puisque notre propre personne est au centre de tout, il est nécessaire de la mettre à l'épreuve, d'agir sur soi violemment, d'aller contre nature.
.../... Johannes Karhs se protège, se ménage, provoque des introspections, des replis sur lui même, se ferme en obstruant les orifices de ses sens, pour renaître à nouveau et osciller sans cesse dans cette dualité douloureuse et violente où l'individu se construit et se déchire à la fois.
Aujourd'hui, nous n'attendons plus du monde qu'il nous propose des modèles universels et durables. On consomme de l' éphémère parce que l'on ne veut plus avoir à conserver. A l'i mage d'une époque de "mix" où les domaines d'activité se croisent et s'interpénètrent, Johannes Karhs avec la séries des A-h met en place la structure d'une partition ouverte dont les interprétations se déclinent avec le médium et se nourrissent les unes les autres se libérant ainsi d'une pratique où l'oeuvre unitaire prend une forme définitive.

Extrait de J. Kahrs : A-h ou le monde dédiné, Frédéric Fournier

(*) Georges Bataille, "Les masques" 1934s.

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